
J’ai toujours cru que les histoires les plus authentiques viennent d’expériences vécues, même en science-fiction. C’est pourquoi, quand j’ai commencé à écrire Galaxy’s Child, je savais que Philip Anders devait être un pilote. Pas seulement parce que ça servait l’histoire, mais parce que l’aviation fait partie de ma vie depuis mon enfance. C’était naturel qu’elle fasse partie de la sienne aussi.
J’ai grandi sur un lac, et tout jeune, j’étais obsédé par les hydravions qui décollaient régulièrement de l’eau. Il y en avait sept, et chaque fois que l’un d’eux démarrait ses moteurs, je courais à la fenêtre ou directement dehors pour regarder, émerveillé.
Un jour, vers l’âge de cinq ou six ans, un bon ami de la famille m’a invité à monter dans son hydravion. J’étais surexcité. En plein vol, il s’est tourné vers moi et m’a dit, « Tu veux essayer de piloter? » Je n’avais jamais même conduit une voiture, et là, je me retrouvais aux commandes d’un avion. Cette expérience-là a allumé en moi une passion qui ne s’est jamais éteinte.
Plus tard, j’ai eu la chance de faire plusieurs voyages de chasse et de pêche où on devait prendre de petits avions, souvent des Cessna, pour se rendre. Pendant ces vols-là, j’ai eu l’occasion de prendre les commandes à plusieurs reprises (toujours avec un pilote à côté, bien sûr!). Chaque vol renforçait mon lien avec le ciel et mon rêve de devenir un jour pilote licencié.
Au début des années 2000, j’ai finalement décidé de le faire pour vrai. Je me suis inscrit aux cours théoriques et pratiques de pilotage à l’aéroport de Mascouche. Cette période m’a appris beaucoup, pas juste sur les systèmes d’aéronefs et la planification de vol, mais aussi sur la prise de décision, la concentration, et le sens des responsabilités.
Plusieurs des scènes de vol dans Galaxy’s Child sont directement inspirées de ce que j’ai appris là. Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi intense que Philip Anders, mais plusieurs petits détails bien réels se sont retrouvés dans le roman. Des clins d’œil que seuls les pilotes peuvent peut-être repérer, mais qui, selon moi, ajoutent un réalisme que tout lecteur peut ressentir.
Une expérience en particulier est restée gravée dans ma mémoire. Je devais compléter une navigation alors j’avais volé de Mascouche (au nord de Montréal) jusqu’à Macaza, au Québec, dans un Cessna 172 avec deux amis pour rejoindre mes parents. Une fois l’échange de passagers complété, j’ai emmené mes parents faire un petit tour au-dessus de leur maison et du lac, puis j’ai atterri de nouveau à Macaza. Mais au moment de repartir, le moteur ne voulait plus démarrer. Le démarreur était mort.
Après quelques appels, le propriétaire de l’avion m’a suggéré de contacter l’école de pilotage locale. Le proprio de l’école est venu en personne et, croyez-le ou non, a fait démarrer l’hélice à la main. Je n’en reviens toujours pas.
Comme il faisait noir, on m’a ordonné d’atterrir à l’aéroport de Saint-Hubert, parce que Mascouche, à l’époque, n’avait pas d’éclairage de piste. Mais j’ai décidé de retourner à Mascouche quand même, mettons que je n’avais pas envie de payer 100$ de taxi pour rentrer chez moi!
J’ai éteint mon transpondeur et j’ai repris le chemin inverse. Le plan, c’était d’atterrir sur le taxiway, qui lui, était éclairé. Mais en descendant à environ 50 pieds d’altitude et en allumant mon projecteur d’atterrissage, je me suis rendu compte que j’étais pas du tout au-dessus du taxiway. J’étais au-dessus de l’autoroute 640! Je peux seulement imaginer la panique des conducteurs en voyant un Cessna surgir du ciel ! Heureusement, j’ai facilement corrigé ma trajectoire et j’ai posé l’avion en toute sécurité sur le taxiway. Pas un atterrissage normal, mais on est revenus sains et saufs.
C’est ce genre d’expérience, être aux commandes d’un petit avion, devoir improviser sous pression et s’adapter en temps réel, que je voulais faire vivre à travers Galaxy’s Child. Quand Philip s’entraîne, passe ses tests et vole enfin, je voulais que les lecteurs ressentent cette tension, cette fierté, ce frisson et surtout, cette responsabilité. Beaucoup de cela ne vient pas juste de mon imagination, mais de mon propre carnet de vol.
Je vole moins souvent aujourd’hui, mais une fois que tu as goûté au ciel, ça ne te quitte jamais. Et c’est exactement pour ça que je devais l’intégrer à mon histoire.
Voici quelques photos de mon aventure à Macaza avec parents et amis!
