
S’il y a une idée qui a captivé à la fois les scientifiques, les écrivains de science-fiction et moi-même, c’est bien celle du trou de ver. Un tunnel à travers l’espace-temps. Un raccourci cosmique. Un passage qui permettrait de voyager d’un point de l’univers à un autre sans passer des millénaires à traverser le vide.
Cette semaine, deux recherches fascinantes nous rappellent que les trous de ver ne relèvent pas seulement de l’imagination, ils font partie de la physique réelle, même si cela reste encore davantage de la théorie que des faits.
Des astrophysiciens de l’Université RUDN ont récemment publié un article montrant que des trous de ver traversables pourraient, du moins en théorie, exister dans notre univers en expansion. En utilisant ce qu’on appelle le modèle de Friedmann qui est une description mathématique de l’expansion cosmique, ils ont montré que des trous de ver pouvaient rester stables s’ils étaient soutenus par une matière dite « poussière ».
C’est très intéressant, car les idées de modèles antérieurs nécessitaient de la matière exotique à énergie négative, quelque chose que nous ne savons pas produire, ni même si cela peut exister. Cette nouvelle approche s’appuie plutôt sur une physique plus familière. Est-ce que cela veut dire que nous allons bientôt construire des autoroutes de trous de ver? Pas tout à fait. Ces modèles restent hautement théoriques. Les équations ne fournissent pas de plans d’ingénierie, elles suggèrent simplement que l’idée n’est pas impossible.
Une autre étude récente s’est intéressée à ce à quoi pourraient ressembler les trous de ver, s’ils existent. Tout comme les trous noirs déforment la lumière et projettent des « ombres » distinctives, les trous de ver laisseraient aussi des signatures visuelles. La lentille gravitationnelle autour de la gorge d’un trou de ver pourrait déformer la lumière en arrière-plan, produisant des anneaux étranges, des arcs ou des ombres. En d’autres termes, même si nous ne pouvons pas les traverser, nous pourrions un jour repérer un trou de ver en observant ce qu’il fait à la lumière autour de lui. C’est une idée fascinante, l’univers pourrait déjà être tissé de tunnels invisibles, il ne nous manque que les bons yeux pour les voir.
La science-fiction, bien sûr, n’a jamais hésité à utiliser les trous de ver. Dans Star Trek: Deep Space Nine, un trou de ver stable devient le cœur de l’histoire, un carrefour stratégique et spirituel de la galaxie. Stargate nous a offert des portails interconnectant des mondes lointains d’une simple pression de bouton. Interstellar a montré un trou de ver scientifiquement inspiré comme une sphère miroitante près de Saturne, à la fois magnifique et terrifiante. Et dans Contact, le voyage de Jodie Foster à travers un réseau de trous de ver a été imaginé avec les conseils de Carl Sagan lui-même, ce qui en fait l’une des représentations les plus scientifiquement solides jamais portées à l’écran.
Dans la fiction, les trous de ver sont pratiques, spectaculaires et surtout assez grands pour qu’un vaisseau spatial y passe. La réalité, pour l’instant, est beaucoup moins cinématographique. Les trous de ver théoriques pourraient être microscopiques, instables ou à sens unique. Ils pourraient n’exister que dans les mathématiques, sans jamais se former dans l’univers réel. Et même s’ils existent, nous ne pourrions peut-être jamais les connaître que par leurs ombres et non en les traversant.
Quand j’ai créé le YF-223, je ne voulais pas simplement copier le « warp drive » ou les « Stargates ». La vitesse plus rapide que la lumière dans Galaxy’s Child se situe quelque part entre les deux, inspiré par les élans de la science-fiction, mais aussi ancré dans la curiosité et la prudence de la vraie physique. Parce qu’au fond, les trous de ver et les moteurs FTL ne concernent pas seulement la technologie. Ils concernent le type d’espèce que nous deviendrons si un jour nous trouvons un moyen de franchir cette frontière ultime. Philip Anders n’a pas eu le luxe de débattre de la réalité des trous de ver, il a dû décider quoi faire lorsque l’inconnu s’est retrouvé face à lui.
Et peut-être qu’un jour, ce sera aussi notre cas.